Lundi soir, une fois n'est pas coutume, j'ai volulu regarder studio 1 sur La Deux. Un calvaire, une pantalonnade, une beauferie sans nom, sinon celui de Michel Lecomte qui peut remercier ses parents d'avoir maintenu le TE en fin de nom. J'ai tenu 25 minutes. J'ai compté les secondes sur le chronomètre affiché en bas d'écran. Tu te pinces, d'abord pour rester éveillé, ensuite parce que c'est l'incrédulité. Du médiocre de chez médiocre. Un Golgotha télévisuel. Un martyr sans fin. Une punition. Un cilice. Une torture. Je serais Albert Cartier qu'au prochain faux pas de mes troupes, j'imposerais une séance video Studio Hein! à mes joueurs. Courir à 22 heures par les rues de Tubize, la belle affaire. C'est sain, c'est oxygénant, c'est rafraichissant. Par contre, le visionnage de ce truc devrait prémunir l'entraineur contre tout risque de récidive.
Studio hein, hein...ben... ben!!! Tu te pinces, t'as peine à croire que t'es au XXIème siècle cathodique, que des écoles de communication existent, que la RTBF expose là la crême de ses analystes.
Stéphane Pauwels, assène à longueur d'émission (c'est à dire dans mon cas une petite demi-heure durant) trois quatre affirmations tranchées comme s'il avait en charge l'animation de la cafétariat d'un centre pour patients atteints d'Alzheimer. " Un tel... c'est n'importe quoi". "Vous avez certainement lu mes chroniques, vous me connaissez, je suis franc, moi" "Moi, je parle comme un supporter". Ca suinte la gonflette permanente. Et la couardise. L'impertinent était pourtant tout miel avec Van Holsbeeck dont il avait traité la gestion d'un "C'est n'importe quoi" bien senti il y a deux semaines de cela.
Démolir est un art qui demande argumentation, l'impertinence est une finesse quand elle est audacieuse et ne va pas nécessairement dans le sens du poil de balourds paléontologiques. Qu'il regarde Hugo Borst aux Pays-Bas http://nl.youtube.com/watch?v=W9cYk1j-iDo , qu'il lise Jan Mulder dans Humo, qu'il suive Match of the Day à la BBC et il comprendra, du moins je l'espère pour lui, qu'il est un nain de jardin de la pensée acide.
Et Michel Lecomte... le beauf parfait, le "ben" qui lui coule entre les lèvres pour ponctuer chacune de ses phrases, la gestuelle caricaturale, singée sur Frank Raes, son collègue en morosité de la VRT, l'auto-encensement permanent, se posant en monsieur Loyal d'un triste cirque, il nous fait regretter que nos impôts le nourrissent. Nullard consensuel, ben! (Encore que pour le sensuel, il repassera!) Bouffi d'importance. L'esprit bovin! Le verbe crotté! Ce type est d'un ennui cosmique! Il assène des platitudes parce qu'il est convaincu que les habitants d'un pays plat ne peuvent comprendre que ça. Obséquieux! Figaro de la maison Kafka! Il rend un Michel Drucker presqu'incisif et iconoclaste en comparaison. Il croit faire de la télé, il fait le pépé, il fait la têtée aux mamelles de l'ennui, il fait sous lui chaque fois qu'il peut intervenir dans le non-débat.
Rodrigo Beenkens et Benoit Thans sont là, comme des meubles d'époque, beau style, bien ciselés, abandonnés dans le coin d'un Mac Donald de Charleroi. Ils ont l'air atterré. Ils cachetonnent. Alors qu'ils préfèreraient avaler sans doute un cachet d'aspirine. Mais bon, il y a un loyer à payer, une facture d'électricité à régler, etc. Va donc pour Louis XV dans un Fast Foot!
Au bout de vingt-cinq minutes, j'ai euthanasié ce verbiage creux d'un coup de zapette fatal. Je me suis lavé les yeux. Epongé le cerveau (devenu plus veau que cerf après un tel traitement). Et je me suis dit "Plus jamais ça!".
Lundi soir prochain, promis-juré, je regarde les étoiles dans le ciel ou dans les yeux des vaches de mon voisin.
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Affaire Aracic : le marigot du football
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Le feuilleton Ante Aracic, je l’ai suivi durant un an par voie de presse. Il est symptomatique d’un mal qui gangrène le monde du football actuel où les dirigeants de club semblent avoir tous les droits et nous renvoient dans certains cas à la féodalité. Rares sont en effet les joueurs qui osent faire valoir leurs droits devant des tribunaux. Car ce faisant, ils signent souvent l’arrêt de « mort » de leur carrière footballistique. Jean-Marc Bosman, par exemple, n’a jamais retrouvé de club après la célèbre affaire judiciaire qui l’a concerné.
Aussi, j’ai souhaité rencontrer l’avocat du joueur croate, maître Emmanuel De Wagter qui m’a reçu dans son cabinet à Uccle. Affable, le débit clair, précis, cet avocat s’avoue volontiers novice dans le monde du football. Son étonnement, sa surprise n’en est que plus grande en découvrant certaines pratiques qui ont cours dans le monde du ballond rond, un marigot souvent fétide. Ante Aracic et son avocat ont obtenu gain de cause lors d'un premier jugement provisionnel du Tribunal du Travail. J’aurais évidemment voulu donner la parole également à monsieur Johan Vermeersch, d'autant que le club, d'habitude si prompt à publier des communiqués tous azimuths sur son site internet, fait preuve soudainement d'un mutisme bien discret . Mais étant persona non grata depuis quelques temps dans les couloirs du stade Edmond Machtens, j’ai momentanément renoncé à ce projet. J’essaierai cependant dans les prochains jours de prendre contact avec Maître Blanpain, le conseil de la direction du FC Brussels.
Première question qui me vient à l’esprit : comment Ante Aracic a-t-il pris contact avec vous?
-Via le milieu diplomatique croate. Monsieur Aracic a fait appel à l’ambassade de Croatie qui s’est occupée du sort d’un de ses ressortissants, comme l’aurait fait d’ailleurs n’importe quelle autre ambassade.
En gros, l’affaire Aracic, c’est quoi?
-En résumé, c’est l’histoire d’un joueur de talent, rempli d’illusions qui a joué en 2007 la Champion’s league avec son club précédent de Prague, qui signe rempli d’illusions avec le FC Brussels fin août 2007 et qui après s’être blessé lors d’un premier match amical à Sedan le 7 septembre 2007 se rend compte finalement qu’on ne respecte pas la signature de son contrat et qu’on « profite » de sa situation de blessé pour ne pas verser son salaire, pour ne pas verser de primes, pour ne pas verser ses primes d’assurance et autres prévues par son contrat. On profite de sa situation de sportif blessé pour ne pas respecter ses engagements.
Il n’a jamais perçu de salaires ?
-Effectivement ! Il n’a jamais perçu de salaire. Jamais ! C’est confirmé par la décision du tribunal de travail du 28 octobre 2008 qui condamne le club à payer y compris son premier mois de salaire de septembre 2007 qui n’a jamais été payé.
Il est mis sous certificat médical. Le club a-t-il alors encore dès lors des engagements à respecter ?
-Bien entendu. Il est sous contrat. Après 8 jours, il est blessé lors d’un match amical à Sedan. Il est prévu dans son contrat que malgré tout le club doit respecter ses engagements, y compris lors de blessures. Il est donc sous certificat médical jusqu’au 1 er février 2008. Et à partir du 1 er février 2008, il est parfaitement apte à jouer. Il va aux entrainements quotidiens. Malheureusement, il ne sera jamais retenu pour joueur les matchs en équipe première.
Il n’est pas retenu en équipe première, mais ça ne dispense pas le club de lui payer un salaire ?
-Evidemment. Car son contrat n’a jamais été interrompu. Il y a eu une suspension de son contrat pour raisons médicales pendant quatre mois. Le contrat n’a jamais été rompu jusqu’à ce que lui-même, le 23 juillet 2008 rompe son contrat pour faute de son employeur, à savoir le non paiement des salaires.
Il y a eu un premier jugement, -je ne sais pas si le Brussels va aller en appel-, mais l’affaire n’est pas terminée.
-L’affaire est bien entendue loin d’être terminée. C’est un premier jugement provisionnel. A l’audience d’introduction du 9 septembre 2008, nous n’avons plaidé qu’un seul élément des différents chefs de demandes. Nous n’y avons plaidé que les arriérés de salaire. Les indemnités n’ont pas été plaidées, ni les dommages et intérêts réclamés. On a donc plaidé qu’une petite partie du dossier, étant donné qu’on se situait à l’audience d’introduction. On n’y a pas l’occasion d’y plaider l’ensemble du dossier. Le reste étant renvoyé afin de permettre aux parties de mettre l’affaire en état. Chacun peut conclure, défendre ses arguments par écrit et les défendre ultérieurement en plaidoiries. Cela prend quelques mois pour mettre une affaire comme celle-ci en état.
J’ai lu qu’il y avait notamment une demande de dédommagement d’un million d’euros. N’est-ce pas un montant démesuré ?
-Bien entendu que c’est un montant énorme. Mais il faut tenir compte qu’on a à faire à un joueur de 26 ans. En pleine progression. Et le FC Brussels a cassé sa carrière. Dans une carrière internationale, les clubs qui s’intéressent aux joueurs de cette catégorie là regardent leur palmarès des six derniers mois. Comme les six derniers mois, il est resté sur le banc pour des motifs futiles et notamment, comme le dossier le révèle, suite à un chantage, à savoir que chaque fois qu’il réclamait son salaire, on le menaçait de ne pas pouvoir jouer en équipe première. Ce jeu-là a fait qu’il s’est retrouvé durant 6 mois sur le banc. Il a ainsi été dévalué fortement sur le marché international des joueurs de football. C’est la raison pour laquelle ce montant provisionnel est réclamé. On le défendra avec conviction devant le tribunal du travail.
Ante Aracic se tourne vers vous. Mais aviez-vous une expérience du milieu du football ?
-Je n’ai aucune expérience dans les milieux du football. Par contre, je suis avocat depuis plus de vingt ans. A ce titre-là, milieu du football ou non, il y a d’abord le droit à respecter. Et un contrat à respecter. Que ce soit le football, le basket ou peu importe le co-contractant, ce qui m’a importé, c’était le respect du droit et le respect des clauses contractuelles.
Monsieur Vermeersch a une entreprise avec des ouvriers, des employés. Je n’ai jamais eu vent qu’il avait commis des infractions au niveau salarial.
Par contre, dans le domaine du football, les cas litigieux sont légions. Il y a eu de nombreuses ruptures de contrat pour raison de non paiement de salaires, voire de cotisations au fonds de pension. Alors, a-t-on affaire à Mister Jekyl et Doctor Hyde ?
-Je ne connais pas personnellement le président de ce club. J’ai pu lire qu’il avait une personnalité haute en couleurs. Ce qui n’est pas du tout un défaut. C’est quelqu’un qui a une forte personnalité. Mais ici, je suis quand même étonné de voir comment des règles élémentaires de droit, et notamment de droit des contrats, ne sont pas respectées. Ce que le tribunal du travail a immédiatement sanctionné.
On a l’impression que le football est un monde où règne une forme d’impunité. Les transgressions contractuelles sont nombreuses. Et pas seulement au Brussels. Mais ces administrateurs peuvent continuer comme si de rien n’était.
-A travers ce dossier-ci, j’ai eu différents contacts dans le milieu du football que je ne connaissais absolument pas. Et je suis fort étonné de constater le peu de recours que l’on fait devant les tribunaux. On a l’impression que beaucoup de litiges se règlent en interne dans le milieu du football. A mon avis, on ne fait pas suffisamment appel à la justice, aux tribunaux qui par définition ont un regard neutre, peu importe le domaine, pour voir si les règles de droit ont été respectées. Ce qu’a fait monsieur Aracic est un bon réflèxe : c’est à dire ne pas tenter de régler cela dans le milieu interne au football, mais de demander à un tribunal extérieur, neutre par définition, de régler ce conflit avec un oeil indépendant qui n’a qu’une seule vision : le respect du droit et des règles du droit.
Et concrètement maintenant, la suite de l’affaire c’est quoi ? Quelles seront les prochaines étapes ?
-La prochaine étape, c’est la mise en état du dossier. Pour le reste, c’est d’abord l’exécution de ce jugement-ci. Quant au reste des arriérés de salaire, aux compensations variables, c’est à dire les primes de match, les tickets d’avion prévus contractuellement, tout ça doit encore être plaidé. Y compris l’indemnité compensatoire pour les années de contrat qu’il restait à couvrir et les dommages et intérêts, tout cela sera traité dans les mois qui viennent, après avoir lu les arguments et les conclusions de la partie adverse et les notres en réponse, nous nous retrouverons devant le tribunal du travail où nous plaiderons l’ensemble du dossier. Bien entendu avec un à priori déjà favorable, puisque nous avons obtenu une première décision favorable devant ce même tribunal.
Une dernière question : une solution à l’amiable est-elle encore toujours possible ?
-Votre question, c’est la voie de la raison. Quand vous voyez que le droit vous donne déjà raison à ce stade. Trois magistrats vous disent que l’employeur est clairement en tort, qu’il n’a pas respecté ses engagements. La raison pousserait donc à ce qu’on se retrouve autour d’une table. Ni mon client, ni moi-même ne sommes pour du judiciaire à tous prix. Mais dans ce genre de dossier, après tout ce que j’ai lu et entendu de ce président, la voie de la raison n’est peut-être pas toujours celle qu’il favorise.
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Johan Vermeersch, non, plutôt le FC Brussels, est condamné par le tribunal du travail à payer près de cinquante-huit mille euros d'arriérés de salaires à Ante Aracic. Et les poursuites ne s'arrêteront pas là. D'une part, le joueur croate a encore des revendications financières à faire valoir. D'autre part, cinquante-six autres affaires pendent encore à l'heure actuelle au nez de monsieur Vermeersch, non, plutôt au nez du FC Brussels. L'avenir ne s'annonce donc pas rose pour la direction actuelle du club bruxellois qui par ses déclarations tapageuses et arrogantes passe désormais pour une menteuse impénitente.
Ce qui est cependant le plus étonnant dans cette affaire, comme lors de la condamnation de monsieur Luciano D'Onofrio (mon bon ami Luciano, disait il y a peu encore Johan Vermeersch), c'est qu'on traite ça comme une affaire banale. Abus de biens sociaux, non paiement de salaire, pratiques mafieuses, etc. paraissent soudainement roupie de sansonnet aux yeux du supporter fanatique qui absoudra les plus funestes crocs-en-jambe de la direction de son club, pourvu qu'il gagne les trois points samedi prochain, mais, et c'est pire encore, également aux yeux du monde politique pourtant si prompt à pourfendre le chômeur abusif, le travailleur clandestin, le fraudeur fiscal voire encore les agissements asociaux d'un certain patronnat. Tant à Molenbeek qu'à la Région Bruxelloise- deux instances pourtant subsidiantes, je n'ai encore entendu aucune voix s'élever contre la gestion calamiteuse de monsieur Vermeersch. A Liège, pas davantage de récriminations envers monsieur d'Onofrio. Syndicats, classe politique, patronnat continuent de donner du "cher monsieur d'Onofrio" à tout crin.
Le football excuserait-il tout? L'éthique et la justice ne seraient donc qu'erreurs d'arbitrage, que briseurs de rêves et de victoires, que rabats-joie?
Union Belge saligaud! Themis, sale pute!
Les matchs truqués, la belle affaire! Le football est une dent décidément cariée jusqu'au nerf, un marécage de cynisme avec des bulles de naiveté qui pétillent comme si un cochon grassouillet pétait dans sa fange en attendant d'être soldé en saucisson à trois sous en rayon boucherie d'une grande surface d'inhumanité.
Aujourd'hui, l'intérêt du football "professionnel" tient dans le décryptage des entourloupes, dans le démontage des trucs de magiciens malhonnêtes. Comme des caméras à l'affût du moindre tirage de maillot dans la surface de réparation, notre attention ne se porte plus, à moins d'être abruti de bières et d'aigreurs, que sur les coups bas, les agissements de la périphérie du football. Là, un équipementier influence la composition d'une équipe, ici, un agent de joueurs impose les joueurs de son écurie dans le onze à l'entraineur qui n'a souvent d'autre choix que d'acquiesser ou de plier ses bagages, ailleurs encore, le club ne se résume plus qu'à une affaire d'import-export de joueurs de football.
Something is rotten in the Kingdom of Football! Mais samedi, je chanterai pourtant "We shall not be move, we are the Brussels Boys". Comprenne qui pourra.
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D'où footballons-nous? Que footballons-nous? Où footballons-nous?
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Le bonheur d’un Julien Gorius. La déprime d’un Valery Sorokin. Peter Maes qui délivre ses entrainements comme un possédé. Michel Preud’homme comme un arrogant. Et le Toche Rimbold, l’éternel Rimbaud du football bruxellois, qui prend son pied à Forest en troisième provinciale. On n’est pas sérieux quand on a trente ans ... ,...Vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade... Soit Toche, le bon vivant rimboldien.
Ma semaine footballistique a été pétrie de contrastes. Le jeu à onze est une spirale qui vous emporte, vous tire-bouchonne, vous vrille jusqu’à l’obsession. L’élongation de l’un, la gêne aux adducteurs de l’autre prennent soudain l’ampleur de la crise bancaire mondiale. Le supporter est un historien souvent infaillible du passé et du présent. Il détaille, il entémologise, il s’inquiète, il fouine dans les bases de données de l’internet, il wikipédie à tous propos, mais au lieu de porter des lunettes sur le nez, il tient sa chope comme un monocle dans sa main droite pour abreuver et diriger son savoir encyclopédique. Ses batailles de Marignan ou de Hastings du football, il les connait et les récite avec l’ivresse emportée du passionné prêt à écrire un nouveau doctorat qui chamboulera la perception des choses sur la question. Royaume de la futilité, du dérisoire et de la gratuité, le football a remplacé toutes les valeurs caduques pour faire sens en Absurdie.
Valery Sorokin se morfond sur le banc à Gand. A l’instar de Sébastien Phiri. Tous deux attendent. Cependant, il ne savent plus ce qu’ils attendent là sur leur banc ou sur le terrain des réserves. Ils attendent patiemment un bus, un avion, un taxi ou un TGV qui les mènera soit vers le onze du Grand Maître ou alors vers d’autres cieux. Valery que j’ai retrouvé la semaine passée avait même la nostalgie du Brussels et presque du président Vermeersch. Au point que j’ai failli l’emmener aux urgences de l’Hôpital Universitaire de Gand qui se trouve à deux pas de chez lui pour qu’on lui resserre quelques boulons dans le ciboulot. « A côté de Louwagie, Vermeersch est une montagne de sympathie, de chaleur humaine » m’avait-il dit. « Je me rappelle que le président du Brussels avait tout fait pour tenter de me conserver dans son équipe. Il était même prêt à consentir un gros effort financier pour me garder. Et ça, je ne l’oublierai pas ». Et toutes les entourloupes, les escroqueries, les retards de paiement ? « Oui, c’est l’autre facette du personnage » me rassura-t-il sur sa santé mentale.
Le football vaut-il cet hypnotisme, ces oeillères réductrices qu’on s’applique élégamment comme en écharpe autour du regard ? N’y a-t-il pas d’autres buts dans la vie que ceux-là espacés de cent mètres sur une prairie rectangulaire ? Ces questionnements font peu de cas des cantines et des buvettes des stades, ces nouvelles Maisons du Peuple où les meetings se multiplient à l’infini, ces salles paroissiales de la religion nouvelle où la messe n’est jamais basse, mais tonitruante, hilare et emportée, où il n’y a plus ni élite, ni aristocratie, seulement une humanité grouillante d’êtres qui tous détiennent leur part de vérité et de savoir.
Julien Gorius respire la sérénité à Malines. Il y a trouvé chaussure à son pied. Crédité de très bons matchs et par la presse et par les supporters malinois, Julien, malgré une bessure récente, enthousiasme et s’enthousiasme : « C’est super ici. T’as vu le terrain d’entrainement ? Les conditions sont idéales ici. C’est un très chouette club avec un public incroyable ». Alors que Frédéric Renotte et Luc Duville viennent me saluer le sourire aux lèvres, Julien poursuit « T’es venu voir contre Tubize ? T’as vu l’ambiance ? Et ce n’était que contre Tubize, malgré tout le respect que je dois à cette équipe. Non, c’est de la folie ici dans les gradins. Tout est nickel ici » . Et évidemment on évoque le Brussels. « Pas mal pour le moment, non? Posto, tu le mets en D1, en D2 ou en D3, il fera ses matchs, sans histoire, mais irremplaçable. Sanogo, il parait qu’il pète des flammes ? Cela ne m ‘étonne pas. Mais l’atout du Brussels, c’est Olivier Werner. Tu le mets en D1 et t’as là le meilleur gardien de Belgique ».
L’entrainement à Malines ressemble à beaucoup d’entrainements. Exercices de circulation du ballon, démarquages, décrochages, jeu en un temps, etc. Par contre, Peter Maes détonne. Il entre dans la séance d’entrainement à petits pas feutrés. Son assistant dirige la manoeuvre jusqu’à ce qu’il reprenne la main progressivement. Et alors, l’homme charmant, cordial, batteleur se métamorphose, s’emporte, participe à l’entrainement, donne de la voix, corrige, éructe, reprend l’exercice, arrête, encourage, galvanise ses joueurs, s’arrache les cheveux, exige, commande, conseille. Maes vit le football. Ce n’est pas du sang qui lui coule dans les veines, mais des tackles propres avec un zeste d’Epo de frénésie.
D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?
Demandez-le au Toche, je suis sûr qu'il connait la réponse.
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Bourg petiot de Waregem
T'as la dégaine que j'aime
Pas de béton de mauvais ton
Mais blindé de mauves thons
Tu niques la mer où ils baignent
Ces poiscailles proches du néant
qui se sont pris hier quatre bonnes beignes
Alors qu'ils se croyaient maîtres du céans;
A l'arrière Stiefke Colpaert
Verrou, teigne et Brusseleir
A l'avant Mutombo et son art
sa joie et ses tralalères.
Les vrais Bruxellois sont là
Tout péchus grâce à Francky Dury
A cent lieues des Vermeerscheries
qui de nos joueurs sonnent le glas.
Parvenus piteux de Saint-Guidon
qui nous prennent tous pour des cons
Vous voulez un championnat à seize
Un football à faire d'ascèses?
Passez discrètement votre chemin
Demandez l'asile pathétique en Flandre
Lachez-nous les baskets et les mains
Partez, barrez-vous sans plus attendre
Et emportez avec vous tous les ripoux
Qui à notre bonne Jupiler League
Cherchent constamment des poux
Pour en faire une salade mi-raisin mi-figue.
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La terre est un ballon de foot
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Le monde de la finance sombre. Les banques jouent à Anderlecht en Champion's League. Sauf qu'ici, c'est pas pour rire. Ou alors d'un rire jaune ou mauve funèbre. Les banques deviennent bancales. Après la mort de dieu il y a deux siècles, notre planète ne sait plus à quel saint se vouer.
Pourtant, rien n'est plus fragile qu'une institution ou qu'un organisme financiers. La banque, c'est un coffre qui enferme comme la boîte de Pandore de jadis, le vent de tous les fléaux du monde. Des promesses, des conventions, des fois, des intérêts, des trucs, du vent qui ne servent qu'à apâter le chaland, le Benoit XVI lambda qui se fera couper un jour le cou ou le sou.
L'argent, c'est un billet qui permet toutes les expropriations. Un morceau de papier buvard qui absorbe des heures de travail en deux temps trois mouvements. Une petite tache de travail et l'euro la boit cul sec. Mais à force de trop boire, on se prend un jour un poteau en pleine tronche. En Argentine, il y a moins d'une décennie, en Russie, il y a moins de deux décennies, en Afrique Centrale, il y a moins de trois décennies, le billet de banque du jour au lendemain, de papier buvard devint papier cul.
Ici, on a haussé les épaules, en ressortant le traditionnel "ça n'arrive qu'aux autres" en tournant la page de son journal pour tomber sur la page foot.
Aujourd'hui, notre système bancal affole nos gouvernements. Dexia grabatise. Un supporter de Bruges est catapulté à sa tête. Fortis "phitisise" et... -faut croire que les supporters des mauves étaient devant leur Playstation-... et... ben y a plus personne. Chapeau bas, messieurs les ministres! Ou plutôt Paribas!
Des milliers de personnes, des dizaines de milliers de personnes ont tout perdu. Pas seulement des gens fortunés qui viennent de perdre un million ou deux comme on perd un de ses deux trousseaux de clé. Non, il y a là aussi de petits épargnants guère épargnés par l'incurie de quelques joueurs d'un Monopoly mondial tragique.
Un monde s'écroule. Mais le docteur Chapelle a repris le chemin du stade Fallon. La misère prospère. Heureusement, Zola Matumona sera du voyage à Namur. La planète entière s'endette. Un jeune Guinéen sans-papier de 17 ans redonne le sourire à quelques observateurs bruxellois du foot. La pollution gagne du terrain. Mais l'AFC Tubize aura terminé sa nouvelle tribune dans les délais impartis. Le cynisme gagne. Je remplis ma grille de Bwin.
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Football des villes, football des champs
Déplacement à Waregem avec Théo et Jeannot. Ils sont invités au restaurant VIP par Zulte-Waregem. On arrive deux heures avant le match. J’ai le temps de me balader en ville. Waregem me fait penser à Halle, mais à la propreté et l’atmosphère d’une ville néerlandaise. Des commerces, des chaines de supermarché en tous genres et à l’envi. Puis quand même, ci-et-là, de petites affichettes de la Ligue de la perruche qui annoncent une grande bourse de la perruche au mois d’octobre. Une église au milieu de la ville, l’église St-Amand et St-Blaes, gros bloc gris de pierre d’église, pris dans des échaffaudages, avec tout autour sur la place une couronne de tavernes impersonnelles.
Je m’installe à une terrasse, je sors un journal, je me commande une Leffe Blonde et je me mets à lire. L’affaire Fortis, le Titanic bancaire, les malheurs d'Alizée Poulicek, l'Euromillions, le débat Obama Mac Cain, les mauves qui veulent devenir une sociéte anonyme, au diapason de leur stade qui est déjà un temple d’anonymat.
Waregem a l’air riche. La Flandre triomphante. La ville pourtant est modeste. Comme ailleurs, la D1 se niche désormais dans de petites bourgades. Westerlo, Tubize, Dender, Waregem, Bruges-la-morte, Roulers, Lokeren, Mons, Courtrai. A l’instar du basket. Le sport de compétition déserte les grandes villes. La tendance est là, indéniable, incontestable. Tirlemont, Waasland, Tournai trônent en tête de la D2. Le Club de Liège songe à émigrer à St-Trond. Peruwelz, Zaventem, Wetteren, Willebroek dirigent la manoeuvre en D3.
Champion’s league nous voilà !
Les stades bruxellois se chancrisent, se dégradent, se griffent comme un disque vinyl des années septante du Grand Jojo. Restent le charme, le souvenir, la mélodie fanée, le culte de la vieille pierre. Josaphat, Trois Tilleuls, Joseph Marien, voire même Heysel et Edmond Machtens, pauvres bougres de déliquessences, épaves magnifiques échouées au fond d’un océan de négligences. Victimes expiatoires des coups de canon de pirates qui tiennent plus du nabot de jardin féroce, de capitaines Crochet au pays des Schtroumps phtisiques, du traficant de dents en or qui ouvre officine en 1942 à quelques kilomètres d’Oswiecim. Comment en est-on arrivé là ?
Mes amis sont à l’Antwerp, autre emblême de déchéance, de carie footballistique. Ils chantent un chant du cygne magnifique. A donner la chair de ... cygne, d’un cygne du destin pathétique du football qui meurt à petite fougue. Les choeurs continuent de chanter, même si notre dieu est mort. Même si l’avenir n’augure rien de bon. Alleluya noir et rouge. Go for it de Meulebeik. There’s only one Team in Brussels de souvenance !
Pendant ce temps, je me rends au stade Arc-en-ciel. Un camping est niché à l’ombre de la tribune VIP. Je passe le contrôle. Je tombe sur Johan Boskamp qui devant l’échoppe de saucisses s’enfile un hamburger avec une gloutonnerie joyeuse. Ses yeux plissés rient, pétillent. Il est là, au milieu de la foule. Seul. Bâti droit comme une pyramide de truculences. Je le salue. Il est affable. Et bien sûr rigolard. Le hamburger englouti, Bossie se dirige vers le petit chalet de confiseries. Il se prend un sachet de bonbons. Comme un grand enfant. L’ancien roi du Machtens sait vivre le foot. Il n’a jamais été salon et zakouskis décoratifs.
Je le quitte pour m’installer avec la direction tubizienne en tribune.
Zulte-Tubize. Le match est plaisant. Tendu. Indécis. Je suis des yeux Steve Colpaert. Le rouge et vert jure sur lui. C’est Harry Langdon habillé en Nana Mouskouri. C’est la Joconde en pareo du Club Med. Pourtant, Steve livre un match impeccable. Bon placement. Justesse dans le jeu. Sobriété. Zulte-Waregem l’emporte. La direction tubizienne garde le sourire et les étoiles au fond des yeux. Theo Buelinckx me dit « On a été vraiment super bien reçus par Zulte-Waregem. Ils sont très gentils ici ». Le papa Colpaert me salue : « T’es pas au Brussels ? ».
Cap sur Tubize. La nuit est noire. La route est longue. De l ‘asphalte kilométrique. Le football ne se joue plus dans les grandes métropoles.
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The Great Olibrius versus the Great Zinneke
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Samedi, c'est le clash, le sex pistols, le buzzcocks de l'Exqi League. Le Great Olibrius versus le Great Zinneke, le duel au perfum de dieux déchus, la rixe entre deux présidents de club qui ont confisqué un patrimoine avec un rare acharnement, un entêtement remarquable et des effets d'annonce permanents. Chaque saison, c'est le on va voir ce qu'on va voir. Et en effet, on voit ce qu'on voit. Des clubs qui sombrent comme le stade du Bosuil.
D'un côté, le matricule 1, ses supporters, sa grandiloquence, son verbe haut, son n'importe quoi clinquant, son décousu farce, ses déchirures, ses grandes gueules, ses échecs cuisants et saignants, ses alliances stériles, son "antwarps" anguleux et rocailleux où poussent tous les chardons piquants des espoirs déchus.
De l'autre, un club qui navigue de faillite en faillite, de fusion en fusion, de tromperie en coups bas, d'escroqueries en escroqueries, de chaleur humaine en nostalgie, de plus jamais ça en c'est toujours la même chose, de D2 en D1, de dettes en radiation.
Eddy Vermeersch versus Johan Wauters. Johan Vermeersch et Eddy Wauters sont deux anciens joueurs de foot à la tête d'un club de football. Deux présidences de droit divin, de flouze et de flou. Deux constructeurs de tribunes fantômes. Deux ramasseurs de crédulité. Deux hommes d'un football daté.
A Anvers, le football reste une religion. Même si dieu est mort, une messe lui est dite tous les dimanche, c'est un R.I.P. dominical inoxydable. L'Anversois, homme de port, a le regard porté sur l'horizon, loin, un regard embué de nostalgie, de bières et de larmes évaporées de l'Escaut de tous les trafics bancaux.
Le Bruxellois lui décroche. Quelques supporters s'accrochent comme des moines qui continuent de fabriquer leur Trapiste pour servir, non plus Dieu, mais leurs gosiers. Et ils y vont à la double ration. Ils se mettent du houblon jusque derrière leurs écharpes rouges et noires. Mais le Bruxellois moyen ne s'intéresse plus au football. A la limite, il bénévole encore dans les divisions inférieures, mais sinon, il décroche, il oublie, il se fout désormais des horizons bouchés par les bétons gris de lassitudes qu'on lui coule devant les yeux. Il sarcasme, il râle, il ulcère, il s'aigrit et ne chante plus Molenbeek que dans ses plus vieux souvenirs.
Pourtant, le football, six pieds sous terre, pour paraphraser l'autre, il chante encore. Il frémit légèrement. Samedi, à Anvers, il renaîtra pour un jour de ses cendres pour tromper l'espace d'un moment nos lassitudes calcinées.
C'mon Brussels! C'mon Molenbeek! Molenbeek Brussels Army!.
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